Manifeste pour la rupture : le faux débat de la capture d’État et la trahison de la mobilisation de septembre

Depuis des décennies, on nous enferme dans des salles climatisées pour discuter de la « capture d’État » ou de la crise de l’Etat malgache. Ce concept, brandi par les institutions internationales et les technocrates, est le dernier refuge de l’impérialisme informel. On nous demande : « Comment éviter que l’État ne soit capturé par des intérêts privés ? ». C’est une question malhonnête. Elle présuppose qu’il existerait, dans l’histoire de notre ile, un État républicain « pur » et protecteur qui aurait un jour servi le peuple de Madagascar. Que cet Etat aurait été soudainement détourné par des mains sales. Le mensonge est historique.

Comme le soulignait Nkrumah, l’essence du néocolonialisme réside dans cet État qui paraît indépendant en théorie, mais dont la politique est dirigée de l’extérieur. À Madagascar, l’État fonctionne exactement comme il a été conçu dès 1958 :

  • comme un outil de transfert de tutelle, où la France a troqué la souveraineté territoriale directe contre un contrôle indirect via des élites adoubées.
  • comme un outil d’extraction au service d’une caste militaro-bureaucratique alignées avec ces interêts exterieurs et impériaux

L’État malgache : un terrain d’expérimentation impérial

Madagascar a historiquement servi de laboratoire pour des idéologies et des interventions économiques externes. Que ce soit sous le colonialisme, le pseudo socialisme post-indépendance ou les processus de paix contemporains

Nous refusons de participer à une énième vague de débat sur la gouvernance alors que le système lui-même est basé sur le concept de monopole : monopole impérial, puis monopole des élites nationales . Ce réseau d’élites a fini par s’approprier les structures de l’État pseudo démocratique non pas pour le peuple, mais pour négocier sa propre survie auprès des puissances étrangères.

Le piège de la « Transition » et le spectre de Fanon

Regardez ce qui se passe sous nos yeux, ce mois de mars 2026. Le président de la transition, le colonel Michael Randrianirina, vient de nommer un nouveau Premier ministre, Rajaonarison Ruffin, après avoir éjecté Herintsalama Rajaonarivelo. Le pouvoir claironne que c’est un gage d’ « intégrité » et de « bravoure ». C’est une insulte à notre intelligence.

Nous ne sommes pas dupes. Que ce soit sous Rajoelina hier ou sous le régime militaire actuel aujourd’hui, le personnel politique est issu du même moule : l’École militaire d’Antsirabe, les cabinets feutrés de l’administration, les réseaux des forces armées. Rajaonarison Ruffin, avec son passé au Samifin et au Bianco, n’est pas le « sauveur » anticorruption ; il est le technicien nécessaire pour redonner une virginité à un appareil d’État en putréfaction depuis les promesses de la transition. Le changement de gouvernement n’est qu’une manœuvre tactique pour pacifier une population qui a soif de changement réel.

C’est ici que résonne l’avertissement de Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre : la bourgeoisie nationale, qui prend le pouvoir à l’indépendance, ou encore après une rupture politique, ne cherche qu’à remplacer le colonisateur pour jouir des mêmes privilèges. Le gouvernement de la « transition » actuelle n’est que la septième crise majeure depuis 1960 : cest un cycle de régénération d’un système de tutelle qui ne dit pas son nom. On nous parle de « rationalité coopérative » dans les thèses de doctorat, mais sur le terrain, combien de Malgaches ont objectivement les ressources pour participer à ces débats ?

La leçon de 1947 : La violence structurelle ne se réforme pas

Ceux qui nous appellent au « dialogue » oublient que cet État s’est construit sur le sang des patriotes. L’insurrection de 1947 a été réprimée avec une brutalité inouïe, allant des détentions arbitraires aux techniques de massacres de masse.

Vouloir « réformer » cet État, c’est vouloir soigner une gangrène avec un pansement. La « justice populaire » qui émerge aujourd’hui dans certaines régions n’est que le symptôme tragique d’un peuple qui a compris que l’État de droit centralisé dans sa forme actuelle est une fiction. Le manque de confiance institutionnelle est total; et surtout légitime

Conclusion : Leo zay ! Osons penser au-delà de la politique d’institutions

Le temps n’est plus aux diagnostics des ONG. Nous n’avons pas besoin de prouver la « capture » ; nous devons constater la faillite organique d’une structure qui n’a jamais été la nôtre.

  • À bas le théâtre des nominations ministérielles !
  • À bas le mythe de l’homme providentiel, qu’il vienne de l’armée ou des bureaux de l’anticorruption !
  • À bas l’illusion que cet État peut se réformer de l’intérieur !
  • À bas le fétichisme du débat en conférence !
  • À bas le recyclage des élites !
  • À bas l’impérialisme informel qui se cache derrière les mots « gouvernance » et « démocratie » !

Nous appelons à une souveraineté réelle, qui ne se négocie pas dans les ambassades, mais qui s’arrache par la rupture avec les récits coloniaux.

Le temps des palabres est révolu. L’action commence là où l’illusion de l’État s’arrête.

Pour aller plus loin :
ZB s’est formé afin de penser aux alternatives de structure de notre société, et de mettre fin à l’inaction ou l’action politique individuelle. Voici différents textes qui nous inspirent sur les alternatives :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *