Les premières cantines de Miray Vilany aideront des jeunes et parents résidant dans le quartier de 67 Hectares à Antananarivo. Pourquoi ce choix? Nous souhaitons par cet article mettre en lumière les conditions de vie au sein du quartier.
Sociologie du quartier en transformation : la précarité au coeur de l’abondance
Historiquement, 67ha est un quartier pensé pour accueillir des étudiants. Progressivement, ces espaces ont été transformés : d’abord en logements locatifs, puis en lieux d’installation durable, à mesure que ces étudiants fondaient des familles. Ce mouvement a fait émerger une véritable cité résidentielle.
Aujourd’hui, 67ha est un carrefour.
Un espace cosmopolite, traversé par des populations venues de toute l’île. Un lieu où se concentrent des activités multiples (agricoles, commerciales, primaire et tertiaire, informelles comme formelles). Terrains cultivés, bars, universités, écoles, gargotes, restaurants, hôtels, garages, immeubles : tout s’y superpose.
Mais au milieu de cette densité économique, accentuée par le développement des quartiers d’affaires gentrifiés comme Akorondrano, une autre réalité persiste : la précarité au cœur de l’abondance. Derrière cette accumulation d’activités, une population vit dans des conditions extrêmes.
Bien sûr, le quartier a fait l’objet de documentaires et de rapports. Mais après le constat dans un énième documentaire de « poverty porn » sur Madagascar, quel changement structurel ?
Le quotidien est toujours, et encore plus, structuré par le manque : accès instable à l’eau, coupures d’électricité, voire absence totale dans certains foyers, insécurité élevée, circulation de drogues, conditions sanitaires dégradées, forte vulnérabilité aux inondations pendant la saison des pluies. etc.
67ha concentre les contradictions urbaines à leur point le plus vif.
Un territoire saturé d’initiatives… et pourtant bloqué
Il s’agit donc d’un lieu de concentrations des maux sociaux des milieux urbains de notre île mais également des initiatives humanitaires (ONG, associations etc.). La question se pose : Ces maux sont-ils entretenus ? Ces initiatives constituent-elles une impasse?
Seconde explication, celle que nous martelons chez ZB : le système de l’aide internationale est complaisant avec ces cycles de précarité puisqu’ils ne s’attaquent pas à la structure positionnant Madagascar dans une situation de dépendance.. Parce qu’ils la contournent et la laissent intacte. Parce qu’ils opèrent à l’intérieur du statu quo.
Conclusion : 67ha n’est pas un terrain d’aide mais notre front
C’est bien cette dernière structure qui préserve le statut-quo que ZB veut démanteler !
Il faut refuser une lecture compassionnelle. La bonne volonté n’est pas une stratégie.
67 Hectares est un espace qui révèle ce que nous essayons de démontrer chez ZB à Madagascar :
- la pauvreté n’est pas une défaillance individuelle
- la faim n’est pas une fatalité
- la précarité n’est pas un accident
Alors non, la cantine n’est pas une fin. C’est une infrastructure politique pour débuter, avec la direction suivante : tant que manger dépendra du marché, la dignité restera conditionnelle.
C’est cela que nous refusons.
C’est pourquoi la cantine solidaire à 67ha pour montrer qu’au milieu de ces multitudes de formes de marché, la déposession des droits fondamentaux n’est pas un échec mais la conséquence d’un système qui promet l’efficacité du marché au détriment de la dignité humaine.
Et lorsque le lien social est remplacé par le marché et soumis à une logique néolibérale : le tissu social est coupé. La communauté est fragmentée. Les droits fondamentaux deviennent alors des valeurs marchandes. La faim en est le prix.
La réalité de la majorité de la population témoigne le mode de fonctionnement du système : c’est celui de perpétuer l’inégalité.
Et que ces habitants sont témoins d’une répartition inégale des ressources. Ces ressources sont parfois jetées, privées (la collecte de la première cantine a permis de constater un refus radical de dons d’invendus de certaines grandes entreprises qui font même partie intégrante du clivage social).
ZB souhaite vous rappeler à travers Miray Vilany que seule la solidarité et la lutte radicale nous permettrons d’obtenir des conditions de vie digne, et qu’il est encore temps de se rallier à la communauté.
67ha est un lieu de survie, mais aussi un lieu d’espoir témoignant la coexistence de cultures variées et de solidarités communautaires. Mais c’est un lieu oublié, où entre plusieurs dialectes le seul langage commun c’est l’extrême précarité. Et ce qui s’y joue dépasse en réalité le quartier. C’est pourquoi 67ha est un de nos premiers lieux de bataille !
Seule la lutte libère
Pour en savoir plus :
1- Tinahy Meja Narindra Ramboasalama. Les rizières et les bas-quartiers à Antananarivo. Architecture, aménagement de l’espace. 2018.
2- Elliot Fara Nandrasana Rakotomanana. Retard de croissance et risque de contamination par un milieu de
vie. Une anthropologie de la petite enfance au prisme de l’organisation spatiale et sociale dans un quartier défavorisé à Antananarivo.
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